De la liberté de penser à la liberté d’être
- 1984 de George Orwell,
- Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson
- Jung, un voyage vers soi de Frédéric Lenoir
J’ai toujours considéré les livres comme une manière d’aller chercher ailleurs ce qui pouvait m’aider à mieux comprendre ma propre vie. Certains m’ont simplement accompagné. D’autres ont laissé une trace et m’ont poussé à regarder différemment le monde, les autres ou moi-même.
Parmi eux, trois me reviennent aujourd’hui : 1984 de George Orwell, Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson et Jung, un voyage vers soi de Frédéric Lenoir. Je les ai lus à des moments différents et pour des raisons différentes. Pourtant, avec le recul, je vois ce qui les relie : la liberté.
Orwell m’a confronté très tôt à la fragilité de notre liberté de penser. Tesson m’a montré qu’on pouvait choisir de s’éloigner du bruit du monde, se suffire de peu et mieux se retrouver. À travers Jung, Frédéric Lenoir m’a conduit vers une autre exploration : celle de l’inconscient, des rêves et de cette partie de nous-mêmes que nous connaissons mal mais qui peut pourtant orienter notre vie consciente.
Trois lectures, finalement, pour trois formes de liberté : penser par soi-même, choisir sa manière de vivre et apprendre à mieux se connaître.
1984, George Orwell — La liberté de penser
Ce qui m’a marqué dans 1984, c’est l’évolution d’une société dans laquelle l’individu finit par être mis au service d’un système qui le dépasse. Tout tend vers une forme d’uniformité : les comportements, les pensées, les émotions et jusqu’à la vie affective. La relation de Winston avec Julia m’avait particulièrement frappé. Même aimer, désirer ou partager une intimité devient une forme de transgression.
C’est aussi la monotonie de ce monde uniforme qui m’a impressionné. On peut donner aux individus l’impression d’exister librement alors que tout autour d’eux devient progressivement une prison. Les mots, l’information, le passé et même la vérité peuvent être contrôlés. Celui qui sort du cadre risque d’être rejeté, banni ou éliminé.
Lorsque j’ai lu ce livre, le monde décrit par Orwell me semblait appartenir à une fiction inquiétante. Aujourd’hui, certains aspects de notre société me le rendent plus troublant encore. Les technologies peuvent nous donner une formidable liberté tout en permettant de nous observer, de nous influencer ou de nous enfermer dans des systèmes dont nous ne comprenons pas toujours le fonctionnement.
1984 a surtout renforcé chez moi un besoin essentiel : préserver ma liberté de penser, rester vigilant face aux embrigadements et ne jamais considérer la liberté comme définitivement acquise.
Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson : La liberté de choisir sa vie
Avec Dans les forêts de Sibérie, on touche à l’être humain livré à lui-même, mais cette fois par choix, par défi et sans doute par besoin de s’isoler.
Le thème des trois livres proposé par Olivier Roland m’a d’ailleurs immédiatement fait penser à ce récit. Lorsque Sylvain Tesson décide de passer six mois dans une isba au bord du lac Baïkal, à 120 kilomètres du premier village et sans route d’accès, il doit choisir ce qu’il emporte avec lui. Parmi l’essentiel, il y a les livres. Des livres choisis parce qu’ils lui parlent et qu’ils vont devenir de véritables compagnons de solitude.
Face au lac gelé, il apprend à pêcher, à couper son bois, à organiser ses journées et à vivre en autonomie dans une nature immense. Il continue à parcourir seul la forêt, tout en sachant que les ours font partie de cet environnement. Puis il y a les visites et les retrouvailles, qui prennent probablement une autre saveur lorsqu’on a choisi de vivre aussi longtemps seul.
J’ai retrouvé dans ce livre ce goût de l’aventure et de la quête de soi que j’aime chez Sylvain Tesson et que j’ai retrouvé dans beaucoup de ses autres ouvrages, comme « l’axe du loup ». Il m’a conforté dans une idée qui m’accompagne : apprendre à être autonome sans renoncer à aimer la compagnie des autres. S’éloigner parfois du bruit du monde pour mieux se comprendre, savoir ce dont on a réellement besoin et ce que l’on veut choisir pour soi. Ne pas avoir peur de partir, de s’adapter, de se suffire parfois de peu, mais choisir son environnement et ses compagnons — même lorsque, pour un temps, le compagnon que l’on choisit est la solitude.
Jung, un voyage vers soi, Frédéric Lenoir — La liberté de mieux se connaître
Ce livre a été pour moi une pépite. J’y ai découvert, à travers Frédéric Lenoir, les travaux de Carl Gustav Jung, médecin psychiatre qui fut l’un des pionniers de la psychanalyse avant de développer sa propre approche, la psychologie analytique.
Ce qui m’a particulièrement intéressé, ce sont ses recherches sur l’inconscient et la manière dont il cherche à l’explorer, notamment à travers les rêves et l’observation clinique de personnes en souffrance. Jung nous fait comprendre qu’une partie de ce que nous sommes et de ce qui influence nos comportements échappe à notre conscience.
Mais ce livre m’a surtout donné envie d’aller plus loin : comprendre que l’on peut travailler sur soi en partant à la découverte de son propre inconscient, observer ses rêves, ses émotions, ses réactions et certains signes que l’on ne sait pas toujours écouter. Cette lecture m’a donné envie d’aller plus loin dans l’exploration de l’inconscient. Elle m’a conduit vers d’autres lectures, puis vers la pratique de l’auto-hypnose, avec cette même idée : apprendre à mieux observer ce qui se passe en soi pour mieux comprendre ce qui influence notre vie consciente.
Elle m’a aussi aidé, personnellement, à mieux comprendre comment la connaissance de soi et de nos ressources intérieures peut nous aider à traverser les épreuves de la vie, y compris lorsque nous sommes confrontés à la maladie. Non pas tout contrôler, mais mieux comprendre ce qui se passe en nous, travailler sur ce qui nous fait souffrir et, lorsque cela est possible, essayer de changer ce qui peut l’être.
Après la liberté de penser chez Orwell et celle de choisir son mode de vie chez Tesson, j’ai trouvé chez Jung, à travers le regard de Frédéric Lenoir, une autre forme de liberté : celle d’apprendre à mieux se connaître pour mieux orienter sa vie consciente.
Ces trois livres sont très différents, mais chacun m’a accompagné à sa manière dans une même recherche : celle de la liberté. Penser par soi-même, choisir la manière dont on souhaite vivre et apprendre à mieux se connaître. Avec le temps, je comprends aussi que cette liberté n’est jamais complètement acquise. Elle se construit, s’expérimente et se travaille tout au long de la vie.
Cet article participe à l’événement « Les 3 livres qui ont changé ma vie » du site Des Livres pour changer de vie. J’ai particulièrement apprécié leur article Quatre Accords Toltèques,
pour la réflexion qu’il propose sur nos croyances, notre rapport aux autres et à nous-mêmes.
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